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Posté le 14 Oct, 2016 dans Affaires européennes, Billets d'actualité, Enseignement supérieur et Recherche, Erasmus, Slider | 0 comments

La double-exigence de la mobilité européenne, démocratisation et valorisation

La double-exigence de la mobilité européenne, démocratisation et valorisation

Que ce soit pour évoquer une jeunesse insouciante, joyeuse dans le film « L’auberge espagnole » ou pour alerter, comme fin 2013, sur l’état des finances européennes, lorsque la commission a émis des doutes sur la capacité budgétaire à payer les bourses des étudiants en mobilité, la politique européenne des mobilités étudiantes, dite programme Erasmus, reste aujourd’hui la plus populaire et la plus connue mise en place par l’Union européenne. Nombre d’intellectuels s’étaient mobilisés en 2013 pour défendre le dispositif, voyant dans ce dysfonctionnement majeur, la perte du sens de la construction citoyenne de l’Europe.

Il y a, pourtant, un paradoxe, de faire de ce dispositif un emblème si fort de l’Europe, alors que les politiques éducatives, ou de jeunesse ne sont pas une compétence européenne et qu’en France, les mobilités étudiantes ne concernent qu’1,45% de ces derniers.

Au-delà de ce paradoxe, en quoi les mobilités représentent un enjeu structurant pour la politique commune européenne ?

1/ La mobilité des jeunes : une volonté européenne

A l’automne 2013, c’est un véritable coup de tonnerre lorsque la crise budgétaire européenne provoque des doutes sur le paiement des bourses Erasmus. Cela permet de mettre un coup de projecteur sur la situation de la jeunesse européenne à l’aune de la crise de l’emploi.

En effet, la jeunesse est deux fois plus touchée par le chômage que les adultes. Le Président du Parlement européen, Martin Schulz, parle de génération sacrifiée et du paradoxe de voir les parents dépenser plus que jamais pour l’étude des enfants, et de voir les jeunes au chômage.

Dans ce cas, les mobilités sont vues, plus comme une expérience à valoriser sur un CV, que comme un exercice de partage de citoyenneté européenne. L’autre sujet mis en lumière, est que les jeunes bénéficiaires de cette expérience tournée vers l’emploi qu’est la mobilité, sont issus des classes les plus favorisées. A contrario, les jeunes des cursus professionnels, de l’apprentissage, ou en recherche d’emploi y échappent, quasi totalement.

C’est une autre ambition que veut développer le nouveau dispositif depuis 2014, sous l’appellation Erasmus+, qui regroupe tous types de mobilités, avec un budget de 14 milliards d’euros et l’objectif de 4 millions de départs entre 2014 et 2020. Entre 1987, début du dispositif et 2012, ce sont 3 millions de personnes qui ont bénéficié du dispositif.

En France, l’orientation de cette nouvelle phase a porté ses premiers résultats en terme de démocratisation. Ainsi, un étudiant boursier sur critères sociaux en mobilité sur deux part avec Erasmus + ; 4500 apprentis sont partis en mobilité avec Erasmus+ en 2015. L’Agence Erasmus+ finance 13% des écoles et collèges classés en REP (Réseau d’Education Prioritaire), soit autant que leur pourcentage par rapport au nombre d’établissements scolaires total. Ces chiffres sont encourageants, mais des efforts restent à faire.

2/ Des obstacles encore existants

Cependant, bien qu’adhérant pleinement à la volonté européenne, notre pays peine encore à mettre en œuvre concrètement ; beaucoup de demandes restent non satisfaites. Ainsi, 15 122 demandes de mobilités étudiantes ont été rejetées en 2015. Dans une enquête publiée par l’agence Erasmus+, des jeunes évoquaient l’obstacle de la langue. Mais aussi, pour les jeunes en apprentissage, ils évoquent les réticences de leurs employeurs à les laisser partir.

En effet, selon un sondage Agepa-PME-Ifop de juin 2013, si 45 % des dirigeants de PME estiment que la mobilité pourrait contribuer à renforcer l’apprentissage, seuls 50 % jugent cela « compatible avec les capacités de la plupart des apprentis à travailler dans une entreprise et une langue étrangère », et 46 % seulement estiment que ce système serait « de nature à intéresser leur entreprise ». Les barrières sont aussi intérieures, et se jouent dans la sphère intime, puisque certains jeunes affirment avoir du mal à envisager de s’éloigner de leurs familles et de leurs amis pour effectuer une mobilité.

Le vote de la loi pour l’Enseignement supérieur et la Recherche en 2013 avait donné lieu à de virulents débats, notamment autour de l’article 2, qui autorise les écoles et les universités à donner des cours en anglais, et montre ainsi les réticences du pays à accueillir les étudiants étrangers.

3/ Garder l’essence du projet citoyen

Il est aujourd’hui indéniable que les mobilités représentent un atout pour l’employabilité. En effet, les jeunes qui étudient ou se forment à l’étranger risquent deux fois moins de devenir chômeurs de longue durée ; 5 ans après l’obtention de leur diplôme, le taux de chômage et inférieur de 23% ; et plus d’un stagiaire Erasmus sur trois s’est vu offrir un poste dans son entreprise d’accueil.

Par ailleurs, des organismes tels que la Commission des Titres pour d’Ingénieur, et les compagnons du devoir, ont intégré la mobilité dans leurs critères d’obtention du diplôme, preuve de l’importance grandissante de cette dernière sur un marché mondialisé.

Cependant, tout ne peut prétendre recouvrir le titre d’Erasmus. En effet, il est nécessaire de rappeler l’essence du dispositif : constituer une identité européenne. Si cela peut aussi se conjuguer à une expérience positive dans l’employabilité, tant mieux, mais il faut se garder de dessiner un fil rouge selon lequel l’employabilité serait alors le seul critère de la mobilité.

Or, ces derniers temps la focale européenne se déplace vers cet objectif. On peut le justifier avec 6 millions de jeunes chômeurs dont la plupart sont définis NEET (Not in Education, Employment or Training ; ni étudiant, ni employé, ni stagiaire). La mise en place de la garantie-jeunes est un progrès en matière d’accompagnement car elle s’adresse aux plus démunis et dessine le projet d’une Europe sociale, après l’Europe du libre échange et de la citoyenneté.

L’apprentissage étant une filière de formation qui fait ses preuves en matière d’employabilité et la mobilité, un apprentissage de la citoyenneté, il faut être très vigilant au dispositif de « L’Erasmus des apprentis », qui prétend cumuler les deux systèmes vertueux. En effet, la mobilité ne devrait pas servir la simple adéquation entre des pays pourvoyeurs d’apprentis et des pays en mal de main d’œuvre jeune. Il ne s’agit pas de construire des flux migratoires entre les parties de l’Europe, mais bien de continuer à construire une identité européenne.

La proposition de résolution européenne que j’ai portée, présentée en septembre 2016 devant les présidents des groupes socialistes et sociaux-démocrates des parlements nationaux de l’Union européenne répond à cette double-exigence : encadrer les mobilités, quelles qu’elles soient, par l’accès au droit, et les valoriser.

Même si la jeunesse et l’éducation ne sont pas des compétences européennes, elles en sont un moteur. En 1987, le lancement du programme Erasmus intervient au moment ou, après le libre-échange, après l’intégration des anciennes dictatures, on peut désormais poser les bases de l’Europe citoyenne. Puis en 1996, le service volontaire européen relance l’idée de l’engagement, dans un espace élargi mais bouleversé par la guerre des Balkans. Aujourd’hui, il faut répondre à la volonté des organisations de jeunesse de voir des politiques qui s’adressent à toute la jeunesse, sans en faire des politiques catégorielles. Ce dispositif proposé par la proposition de résolution européenne, ce « passeport pour la mobilité » répond à cette volonté d’une politique englobante.

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